Revenir au site

COVID19-Soutien:

30 psychologues s'engagent bénévolement pour nous aider à faire face à la crise

 

 

 

 

Entretien avec Sophie Heurtault, psychologue

· Actualités

NOTE IMPORTANTE: cette plate-forme de soutien psychologique gratuit a mis un terme à son service le dimanche 31 mai 2020. Cet article sert uniquement à contribuer à la mémoire nécessaire de la bienveillance et de la générosité des 47 psychologues diplômé·e·s bénévoles qui ont effectué plus de 650 entretiens en une dizaine de semaines. Un grand bravo et merci à eux!

La crise du covid-19 bouleverse nos existences : les gestes d’hygiène complexifient nos rencontres, ralentissent et réduisent nos déplacements ; la distanciation physique raréfie nos contacts et numérise nos interactions, en particulier pour les personnes à risque. Sans parler du caractère évidemment anxiogène de la simple présence du virus. Ces changements peuvent significativement et diversement impacter nos relations d’amitié, familiales, de couple, mais aussi nos métiers, nos passions, nos loisirs. De plus, une nouvelle source d’anxiété est apparue suite à l’annonce du déconfinement.

Ces défis d’adaptation font naître des émotions, des idées et des comportements qui peuvent être difficiles à gérer sans un soutien externe. Et si les enjeux de santé mentale sont toujours délicats à aborder, la crise sanitaire accentue sans aucun doute cette complication. C’est pourquoi, dans la lignée de nos précédentes publications sur l'isolement social*, nous vous présentons une plate-forme de soutien psychologique mise en place dès le début de la crise par des professionnel·le·s de la santé mentale bénévoles, soucieux·ses de mettre leurs compétences à disposition pour répondre aux besoins d’écoute et d’attention de tout un chacun.

Une trentaine de psychologues professionnel·le·s s’engagent aujourd’hui activement au sein de cette plate-forme, “COVID19-Soutien”, et sont capables de fournir, en sept langues – français, allemand, anglais, italien, espagnol, arabe, portugais –, un soutien psychologique bienveillant, anonyme et gratuit à toute personne faisant face à des difficultés relationnelles, émotionnelles ou mentales. Elles et ils sont actif·ve·s tous les jours de la semaine selon les horaires indiqués par leur site internet, et s’assurent de vous consacrer le temps nécessaire. La durée des entretiens est en moyenne de 40 minutes. Vous retrouverez leurs coordonnées et les liens de leurs pages en fin d’article.

Afin d’en savoir davantage sur leur remarquable engagement et leurs motivations, nous nous sommes entretenus avec une des initiatrices du projet, Sophie Heurtault, psychologue.

Aide-maintenant : Comment ce projet est-il né ?

Sophie Heurtault : Dès le 17 mars, nous étions quelques psychologues réuni·e·s par une plateforme professionnelle pour discuter des moyens que nous pourrions mettre en place pour aider la population. Florine Oury, qui héberge notre plateforme COVID19-Soutien sur son site, a lancé l’idée telle qu’elle existe aujourd’hui. Nous avons créé un groupe avec une dizaine de psychologues motivé·e·s et disponibles. Après deux jours d’engagement de toutes et tous, nous avons ouvert la plateforme de tchat au public.

« La population a reçu beaucoup de directives sur comment protéger sa santé physique et celle d’autrui. Mais très peu de conseils concernant comment maintenir sa santé psychique ont été proposés. »

AM : En tant que psychologue, quelles étaient vos craintes lors de l’annonce de la crise sanitaire, et plus précisément lorsque les mesures d’hygiène et de confinement sont entrées en vigueur ?

SH : Je me suis demandée quel impact cela allait avoir au niveau social. Comment les personnes allaient décompenser ou faire face à cette situation. C’est une situation tellement hors du commun que nous pouvions sentir l’inquiétude. Chaque discussion ne tournait autour que de ce sujet. La routine était complétement bouleversée, laissant place à l’incertitude. J’ai eu le sentiment que la population a reçu beaucoup de directives sur comment protéger sa santé physique et celle d’autrui. Mais très peu de conseils concernant comment maintenir sa santé psychique ont été proposés. Nous étions submergés par l’information dans les médias qui mettent en valeurs les pires scénarios. Nous devions garder nos distances avec l’autre et d’une certaine manière faire face seul·e à cette situation. Tout était devenu un danger. Sans parler de la situation économique de certain·e·s qui ne savaient pas s’ils ou elles allaient gagner de quoi vivre ni ce qu'il allait advenir de leur commerce ou de leur emploi.

AM : Ces craintes, avec un recul de deux mois, étaient-elles justifiées ?

SH : Oui, nous pouvons le percevoir par rapports aux sujets amenés sur la plateforme. Notre société évolue dans un système qui a un équilibre comme une balance. Cette situation inopinée était comme un gros poids venu déstabiliser toute la balance. Nous avons dû retrouver un équilibre par nous-même dans l’urgence et nous n’avons pas tou·te·s cette capacité de résilience ou ces ressources de manière immédiate. Chaque sphère de vie a été bouleversée (travail, famille, amis, loisir,…). C’est très anxiogène surtout quand on ne voit pas la porte de sortie.

« Chaque personne a des besoins différents. [...] Tout doit être renégocié, rééquilibré. »

AM : Les besoins d’entraide, comme les vulnérabilités, peuvent être fort divers·es en contexte de crise sanitaire. Quelles sont les spécificités des besoins sur le plan psychique ?

SH : Chaque personne a des besoins différents. Certains ont besoin de se sentir utiles et donner un sens à leur existence. Et le fait de se retrouver confiné·e à la maison sans travailler ou en télétravaillant est déstabilisant. D’autres ont besoin du contact social et ne vivent pas bien la solitude. Certaines personnes avaient leurs activités ressourçantes en dehors de leur ménage et se retrouvent confinées en couple ou en famille, chamboulant ainsi l’équilibre. Cela entraîne beaucoup de conflits et de malentendus avec l’entourage. Tout doit être renégocié, rééquilibré.

« Certaines personnes ont très peur de se mettre en danger en recommençant à vivre comme avant car elles n’ont pas le sentiment que la situation soit sous contrôle. »

AM : Quelles sont les raisons majeures qui poussent les gens à faire appel à vos services ?

SH : En général depuis le début, l’anxiété quant à attraper ou transmettre la maladie, la santé de ses proches, l’isolement, les difficultés dans la vie de couple ou de famille et situation de travail et économique. Mais depuis l’annonce de déconfinement, une nouvelle angoisse est apparue. La peur de retourner au travail, de mettre ses enfants à l’école, de prendre les transports en commun. Certaines personnes ont très peur de se mettre en danger en recommençant à vivre comme avant car elles n’ont pas le sentiment que la situation soit sous contrôle. L’anxiété face à la maladie et aux risques de côtoyer d’autres personnes est omniprésente.

« Il est important de savoir quelle place prendre avec l’autre et quel espace donner à l’autre. »

AM : Selon vous, quels sont les problèmes qui devraient susciter, dans le contexte des mesures sanitaires, le plus d’attention ? Lesquels sont les moins perceptibles, les plus difficiles à identifier ?

SH : Au niveau psychologique, je pense que c’est la conséquence de l’isolement seul·e ou en famille. Se retrouver seul·e avec soi-même laisse beaucoup de temps pour ruminer et faire monter l’angoisse et le sentiment de solitude. Et pour les personnes vivant en ménage, le fait d’avoir très peu ou pas d’activités ressourçantes en dehors de son cercle familial crée beaucoup de tension. Il est important d’entretenir le lien avec son entourage et d’imaginer des activités aussi plaisantes que possible en respectant les mesures recommandées. De savoir quelle place prendre avec l’autre et quel espace donner à l’autre dans une telle situation.

« Tout le monde peut avoir besoin, à un moment ou à un autre, d’un regard objectif et extérieur, non jugeant. »

AM : À quels obstacles les personnes concernées font-elles le plus souvent face ? Pensons notamment au fait que les incitations à demander de l’aide peuvent parfois s’avérer être psychologiquement contre-productives. Comment peut-on encourager ces personnes à faire appel à un service de soutien psychologique comme le vôtre ?

SH : Oui, la honte de ne pas être assez fort·e et résiliant·e. De ne pas réussir à faire face seul·e. La culpabilité, ne pas se sentir légitime d’utiliser un service de soutien psychologique. L’idée reçue que les psys c’est pour les fous et donc que prendre contact avec un psy, c’est se rendre à l’évidence que l’on est fou… Alors que tout le monde peut avoir besoin, à un moment ou à un autre, d’un regard objectif et extérieur, non jugeant. C’est se donner le droit de prendre du recul sur une situation, s’aider à avoir un autre angle de vue, une autre compréhension et appréhension de la situation. C’est une expérience très enrichissante et éclairante. En outre, le service que nous offrons est anonyme et gratuit.  

AM : Nous pouvons imaginer qu’un tel projet, né dans l’urgence de l’instant, peut être spécial à gérer sous bien des aspects. À quoi devez-vous faire attention, par rapport à une prise en charge plus classique ?

SH : En effet, c’est un projet qui s’est développé extrêmement vite. Mais nous avons réussi à trouver un équilibre, un rythme de croisière plutôt agréable aujourd’hui. Nous avons bien sûr eu besoin de mettre un cadre et aussi de prendre soin des intervenant·e·s afin qu’elles et ils puissent prendre soin des personnes qui font appel à notre soutien. Il est absolument nécessaire que le projet fasse sens pour tou·te·s celles et ceux qui s'y sont engagé·e·s bénévolement. Ce lien qui nous unit nous permet d’offrir ce service avec professionnalisme et générosité.

« Prenez soin de vous, c’est l’acte le plus courageux et utile que vous puissiez faire aujourd’hui. »

AM: En tous cas, un immense bravo pour cette initiative exceptionnelle. Quel message aimeriez-vous que nos lecteur·trice·s emportent avec eux·elles ?

SH : C’est ok de ne pas faire tout ce que vous aviez prévu de faire sur votre liste, c’est normal d’avoir une sensation de peur, de vide, de tristesse, ou d’être déconcerté. Nous sommes à votre écoute si vous en éprouvez le besoin et nous assurerons de vous apporter le soutien et l’accompagnement nécessaires en partageant avec vous quelques outils qui pourraient vous aider à vivre au mieux cette situation. Prenez soin de vous, c’est l’acte le plus courageux et utile que vous puissiez faire aujourd’hui.

Présentation et entretien: Corentin van Dongen

NOTE IMPORTANTE: cette plate-forme de soutien psychologique gratuit a mis un terme à son service le dimanche 31 mai 2020. Cet article sert uniquement à contribuer à la mémoire nécessaire de la bienveillance et de la générosité des 47 psychologues diplômé·e·s bénévoles qui ont effectué plus de 650 entretiens en une dizaine de semaines. Un grand bravo et merci à eux!

Retrouvez la plate-forme COVID19-Soutien sur:

Tous Les Articles
×

Vous y êtes presque...

Nous venons de vous envoyer un e-mail. Veuillez cliquer sur le lien contenu dans l'e-mail pour confirmer votre abonnement !

OK